– Chantale Roy, enseignante en nutrition holistique

Le 1er octobre 2025 est la Journée mondiale du végétarisme. Bien que toujours minoritaire dans le monde, ce mode d’alimentation et de vie ne cesse d’être adopté par un bon nombre d’adeptes. Au Canada, en 2024, on en comptait environ 6% selon Statista, en plus de 3% ayant choisi de se nourrir exclusivement de végétaux (végétalisme). Par ailleurs, les sondages illustrent également la popularité grandissante du flexitarisme, soit la réduction volontaire de la consommation de viande.

Depuis une décennie, l’attention médiatique portée à ce « régime » alimentaire et la conscientisation de la population générale ont fait monter les statistiques, rendant le tofu général Tao, la sauce bolognaise aux lentilles et la mousse d’avocat au chocolat les vedettes culinaires des réseaux sociaux! Ainsi, à peu près tout le monde connaît une nouvelle végétarienne ou un nouveau végétarien dans son entourage. La majorité d’entre eux le deviennent sans trop savoir si, tôt ou tard, cette nouvelle flamme alimentaire sera un souper sans lendemain, une douceur épicée qui ne dure qu’une saison, une relation aromatique tumultueuse ou encore l’amour de sa vie.

Nous nous sommes intéressés au parcours d’une dizaine de personnes ayant eu la générosité de témoigner de leur tango avec l’alimentation végétarienne ou végétalienne. Est-il possible de maintenir ces choix alimentaires ou de vie sur une longue période? Bien sûr que oui, mais quels sont les facteurs pouvant favoriser leur pérennité? Par ailleurs, tout projet de longue durée est rarement exempt d’embûches; quels en sont alors les défis possibles à relever pour de tels végémarathoniennes et végémarathoniens?

Parmi les volontaires, il y avait des femmes et des hommes d’âges variés, vivant en solo, en couple ou en famille. Ils ont répondu aux questions suivantes :

  • Depuis combien d’années as-tu une alimentation végétarienne ou végétalienne, à 100 % ou en partie?
  • Quels éléments ont contribué à ce que tu le deviennes?
  • Rencontres-tu des défis à le rester? Si oui, lesquels?
  • Quel conseil donnerais-tu à une personne qui est devenue végétarienne ou végétalienne et qui veut le rester?

Tout autre commentaire que tu juges pertinent.

Parcours évolutif

D’emblée, il est important de rappeler que le végétarisme n’est pas un état figé, mais une démarche qui évolue selon les contextes de vie. On peut enrober de bienveillance chaque chapitre de ce cheminement.

Il y a une trentaine d’années, Guy et Julie ont tenté l’expérience végétarienne pendant un an, éliminant la viande tout en conservant les œufs et les produits laitiers (ils ne mangeaient déjà du poisson que très rarement). Si leur démarche n’a pas perduré, leur sensibilité à la cruauté animale et au gaspillage est restée bien présente. Aujourd’hui, sans se définir comme végétariens, ils font preuve d’une grande sélectivité dans leur consommation de viande et accueillent avec enthousiasme les plats végétariens dans leur quotidien. Leur alimentation s’est enrichie et s’est assouplie, loin des culpabilités d’autrefois. Curieux malgré leurs préférences bien affirmées en matière de saveurs et de textures, ils déclarent avec humour : « On déteste toujours le tofu, mais on est ouverts aux découvertes », heureux de déguster les créations des autres, sans pression ni dogme.

Étapes d’un changement d’habitude

C’est bien connu, l’être humain a tendance à résister au changement. Pourtant, au cours d’une vie, on est appelé à en effectuer de nombreux. Il semble que quatre étapes soient couramment suivies pour que ces derniers soient fructueux : prise de conscience, conviction, décision ferme et action. On constate que, pour changer une habitude et la renforcer, on se doit de répéter des actions. C’est alors que les connexions neuronales se raffermissent dans notre cerveau, ce qui mène tôt ou tard à l’enracinement de cette nouvelle habitude.

Depuis le printemps 2019, Anick a choisi d’adopter une alimentation entièrement végétalienne, après plusieurs années de transition marquée par une profonde conscience éthique envers les animaux. Le déclic remonte à son enfance, lorsqu’elle s’est rendue compte du lien existant entre la chasse, la pêche et ce qu’elle retrouvait dans son assiette. Avec le temps, elle a harmonisé ses valeurs avec ses habitudes alimentaires, en éliminant progressivement la viande, le poisson, puis les produits laitiers et les œufs. Malgré les défis comme les sorties au restaurant, les repas partagés ou la lecture minutieuse des étiquettes, elle reste fidèle à son engagement. Végétaliser ses recettes familiales l’aide à concilier mémoire affective et convictions éthiques. Elle souligne l’importance d’une intention claire, d’un entourage bienveillant et d’une posture ouverte, qui favorise non seulement la cohérence personnelle, mais aussi le respect mutuel. Pour elle, ce choix est devenu une évidence et une source de paix intérieure.

Clé psychologique pour tenir dans la durée

Pour adopter de nouvelles habitudes et les maintenir dans le temps, plusieurs facteurs entrent en jeu : complexité, personnalité, contexte, motivation, fréquence, etc. Il y a cependant, dans tous les cas, un déclencheur, suivi de l’établissement d’une routine qui renforce l’habitude, de même que des récompenses. Le cerveau se doit d’obtenir un bénéfice personnel, physique, émotionnel ou social pour continuer dans cette voie. Les microhabitudes prennent aussi tout leur sens : elles sont plus faciles à maintenir que de mettre en place un changement qui nous dépasse. Ainsi, on peut assez facilement commencer par remplacer le bœuf haché par de la protéine végétale texturée dans une sauce à spaghetti. Bref, ce processus doit être façonné en fonction de qui l’on est.

Végétarienne depuis une vingtaine d’années, Hélène effectue une douce transition vers le végétalisme depuis un an. Ce choix s’est imposé naturellement à elle : certaines viandes qu’elle n’a jamais mangées de sa vie l’ont toujours dégoûtée, et son corps ne tolère pas bien les produits laitiers. Elle poursuit cette démarche pour sa santé et par respect pour les animaux. Même si elle trouve que le fromage et le tzatziki sont parfois tentants, vu leur côté satisfaisant et pratique, elle ne rencontre pas de véritable obstacle et affirme que le végétarisme est un mode de vie qui se choisit à son rythme. Sans jugement, elle encourage chacun à respecter son propre cheminement. Encline à s’adapter aux rassemblements sociaux, elle apporte de généreux plateaux de crudités et de noix aux repas partagés, et conclut avec conviction que le corps et la planète en sont très reconnaissants.

Plaisir et constance

Journée mondiale du végétarisme

Puisque notre cerveau s’épanouit grâce à la dopamine (moteur de la motivation) et à la sérotonine (neurotransmetteur du bien-être), il est important de ne pas oublier la notion de plaisir lorsqu’on entreprend cette démarche alimentaire. La variété de nos repas, la créativité qui transparaît dans notre assiette, l’apprentissage de la cuisine végé maison, l’apport de nouveaux ingrédients, la végétarisation ou la végétalisation de nos plats préférés sont des éléments essentiels. Ainsi, cela favorisera la satisfaction des papilles gustatives à long terme et évitera la lassitude à table.

Guillaume a adopté une alimentation végétarienne il y a environ six ou sept ans, motivé par une réflexion éthique en observant ses chats, qu’il n’aurait jamais songé à manger (!), ce qui l’a amené à remettre en question sa consommation de viande. Après cinq ans de végétarisme complet, il a adopté une approche plus flexible : il n’achète plus de viande à l’épicerie pour sa consommation personnelle, mais accepte d’en manger à l’extérieur, notamment au restaurant ou chez des amis. Bien qu’attiré par le goût de la viande, il compense par des plats végétariens gourmands qu’il prépare chez lui, comme des pizzas généreuses, des burgers végés ou un surprenant macaroni « sans fromage ». Pour lui, le plaisir culinaire est essentiel au maintien d’une alimentation végétarienne durable, si bien que sa devise est la suivante : « Il ne faut pas se priver de se gâter, même si on est végé! »

Être végétarien dans un monde omnivore

Il est plutôt rare qu’on vive sur une île déserte ou encore dans une communauté composée uniquement d’adeptes d’une alimentation excluant, à différents niveaux, les produits d’origine animale. Par conséquent, la gestion des repas peut se faire en famille ou en couple et peut requérir des compromis. Les sorties au restaurant et les événements sociaux, quant à eux, ne sont pas toujours adaptés à une personne non omnivore. Ce sont dans de telles situations qu’on devra apprendre à répondre aux remarques et jugements potentiels avec humour et pédagogie. On pourra alors être appelé à créer des ponts, plutôt que des clivages, en cuisinant pour les autres, en partageant son savoir-faire et en éveillant ainsi la curiosité et l’ouverture possible.

Cela fait une quinzaine d’années que Lynn a renoncé à la viande rouge et blanche, marquée par des expériences bouleversantes comme une sortie à la chasse et la vision de poules en cage. Ce rejet graduel de la viande est devenu un choix éthique et instinctif, sans pour autant exclure totalement le poisson, les fruits de mer, les œufs et les produits laitiers. Selon elle, les véritables défis ne sont pas liés au maintien de son alimentation, mais plutôt à l’adaptation sociale, notamment au restaurant ou dans les rassemblements familiaux. Elle souligne l’importance d’un réseau bienveillant, du partage de recettes et surtout de rester fidèle à ses convictions. L’alimentation vivante (aliments végétaux crus, micropousses et germinations) occupe une place privilégiée dans sa vie, et elle affirme ressentir plus d’énergie, en concluant avec enthousiasme: « Mangez vivant, vivez longtemps! »

Prévenir les carences et rester en santé

Peu importe notre alimentation, il est toujours conseillé d’y inclure tous les éléments nutritifs dont notre corps a besoin. Exclure la viande ou les produits laitiers de son assiette, par exemple, nécessite de savoir les remplacer sur le plan des vitamines, minéraux, protéines, etc. Au besoin, une professionnelle ou un professionnel en nutrition ou en nutrition holistique peut vous conseiller en la matière. Par ailleurs, le programme du Collège Éducacentre offre une formation complète ou des cours à la carte dans ce domaine.

Depuis plus de dix ans, Sylvie évolue entre alimentation végétarienne et végétalienne, portée par son refus de l’élevage industriel et de la cruauté envers les animaux. Bien que certains environnements ou habitudes puissent susciter des envies, elle ne consomme plus de viande. Pour rester fidèle à ses convictions, elle s’appuie sur une routine alimentaire qui allie plaisir et équilibre. Elle veille à y intégrer tous les nutriments essentiels pour préserver sa santé tout en respectant ses valeurs. Pour elle, manger végétalien, c’est bon pour le corps, pour l’esprit et pour le monde.

Choix alimentaires comme engagement dans le quotidien

Le végétarisme est la manifestation de convictions personnelles que chaque personne aura pris le soin de déterminer clairement dès le début. Il faut bien sûr plus que des convictions pour garder une nouvelle habitude dans son quotidien, mais celles-ci sont fondamentales. Pourquoi suis-je végétarien, végétarienne, végétalien, végétalienne ou même végane? Telle est la question à se reposer au jour le jour, afin de garder consciemment une cohérence dans ses choix, tout en évoluant dans un monde en mutation. On pourrait également se surprendre à ajouter de nouvelles justifications à notre choix du végétarisme ou du végétalisme : santé, bien-être animal, justice alimentaire, écologie, empreinte carbone, etc.

Depuis 22 ans, la compassion est au cœur de son engagement. Tania a choisi une vie végane guidée d’abord par son refus de contribuer à la souffrance animale. Animée par une décision spontanée et déterminée, elle a éliminé dès le départ tous les produits d’origine animale de son alimentation. Au fil du temps, ses convictions se sont élargies aux enjeux environnementaux et à sa santé, renforçant son engagement. Bien que convaincue, elle fait face à quelques défis, notamment en randonnée, où les repas lyophilisés, souvent conçus pour les végétariens, lui offrent peu d’options. Aux personnes qui amorcent une transition vers le végétarisme ou le véganisme, Tania conseille de reconstruire leur palais gustatif : « Les plats végétariens, et surtout végétaliens, introduisent de nouveaux ingrédients et de nouvelles épices, ce qui peut faire de chaque repas une découverte. Il faut donc faire preuve de curiosité et essayer de cuisiner les plats de différentes façons avant de trouver ceux qu’on aime le plus. » Elle insiste aussi sur l’importance de ne pas se culpabiliser en cas de rechute et de se rappeler qu’il n’existe pas de « police végane ». Chacun évolue à son rythme et, selon elle, un désir sincère est souvent le meilleur levier du changement.

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